18.01.2007
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WorkForAll est un groupe d'étude Belge indépendant et pluraliste.Nous examinons les modèles et les structures sociaux sur leur efficacité. Hors de toute idéologie nous mesurons le succès de politiques différentes dans leurs accomplissements sur le plan de l'emploi, la prospérité, la solidarité et de la liberté individuelle.
 
"Le plan Marshall amélioré:
Une autonomie socio-économique pour la Wallonie"


Une publication plutôt objective mais osée du groupe de réflexion "In de Warande", intitulée "Manifeste pour une Flandre indépendante en Europe" a suscité pas mal d'émoi ces derniers temps. Les publications et prises de position de ce genre sont habituellement considérées à tort d'un point de vue séparatiste et polarisent le débat. Il y a pourtant de nombreux motifs économiques qui font que les citoyens belges peuvent avoir beaucoup à gagner d'une approche régionale poussée au maximum sans que l'unité politique n'ait à disparaître. Plus que 20 pactes de solidarité entre les générations et plans Marshall réunis.

Les régions, non les états politiques, sont les pôles économiques.

Les frontières entre états, d'origine culturelle ou militaire très ancienne, n'ont plus que peu de signification sur le plan économique. Aujourd'hui, chaque région peut connaître un succès économique et culturel sur le marché mondial. Citons tout d'abord l'ouvrage innovateur de Schumacher "Small is Beautiful: Economics as if People Mattered, 1973". Schumacher y défend la thèse selon laquelle une autorité supérieure doit toujours déléguer un maximum et s'occuper uniquement de choses dont le niveau inférieur n'est pas capable. Le résultat est au bout du compte plus de pouvoir pour l'autorité (dégraissée) et plus de responsabilités pour les unités plus petites. Ce qui est fort curieux c'est qu'à cet égard Schumacher s'inspire du Pape Pie XI, même si un lecteur attentif pourra également retrouver ce genres de propositions chez Machiavel. Le principe de Schumacher est universel et peut être ramené en grande partie au fait que toutes les organisations dépendent somme toute de la force que les individus tirent de leur épanouissement. Cela est peut-être bizarre mais le principe de Schumacher est cité dans les domaines les plus divers : développement durable, décentralisation pour de grandes entreprises et même pour le développement de logiciel.



"The Size of Nations, 2003" est une publication plus récente écrite par les professeurs Spolaore et Salesina. A sa publication en 2003, le livre a suscité une authentique révolution dans la réflexion concernant la scission d'états en unités plus petites. Dans ce livre, les auteurs sont surtout à la recherche de la taille idéale d'un état. Ils consacrent une grande attention aux aspects économiques. Leur conclusion est claire : plus un état est de petite taille, plus il a de chances de connaître une grande prospérité. Ce qui est assez paradoxal c'est que ceci soit stimulé par la mondialisation croissante. Le nombre d'états indépendants a augmenté avec une rapidité fulgurante. A la fin de la seconde guerre mondiale, on comptait 76 états indépendants dans le monde. Aujourd'hui, ils sont au nombre de 193. Plus de la moitié d'entre eux a une population de moins de 6 millions d'habitants, donc moins que la Flandre ou la Wallonie. Sur les dix pays les plus prospères au monde (selon PIB/habitant), seuls trois comptent plus de six millions d'habitants (les Etats-Unis, le Canada et la Suisse). Quatre ont une population se situant entre 1 et 5 millions d'habitants. Les trois autres comptent moins de 1 million d'habitants.

Une autonomie socio-économique pour les régions belges

Contrairement à la publication du groupe de réflexion "In de Warande" qui plaide pour une Flandre indépendante, nous voudrions plaider en priorité pour une autonomie socio-économique extrême des entités fédérées belges : La Wallonie, la Flandre et Bruxelles en premier lieu, mais il n'y a pas lieu de s'arrêter là. Le principe de Schumacher est modulable vers le bas, jusqu'au niveau du citoyen même. Bien que la Wallonie, surtout, ne soit plus du tout gouvernable dans la structure étatique actuelle et subisse les inconvénients économiques très importants de cette situation, il y a tout comme en Flandre de grandes différences entre des régions plus petites, souvent urbaines. Le scénario le plus logique pour la poursuite de la décentralisation serait que l'initiative parte de nos voisins du sud et non des Flamands car ce sont eux qui ont le plus à gagner. La situation hybride actuelle paralyse toute progression réelle. Une décentralisation socio-économique permettrait surtout aux régions de se développer de façon autonome ; occupant une position plus saine, elles pourraient dès lors mieux se faire concurrence mais également mieux collaborer que ce n'est le cas actuellement.

Nouveau cadre de réflexion


Autrefois, les économies d'échelles liées aux états, comme pendant la révolution industrielle, pouvaient se défendre. Mais aujourd'hui, à cause des marchés ouverts comme l'Europe, un nouveau cadre de réflexion est nécessaire. Dans la nouvelle structure des marchés ouverts, on peut fortement décentraliser tant sur le plan politique que sur le plan économique, ce qui n'était pas le cas auparavant. Le fait que des entités de plus en plus petites (ex. petits états) deviennent possibles aujourd'hui vient de ce que le contexte économique est devenu plus grand. Exemple : Une ville comme Anvers ou Liège a besoin d'un arrière-pays, mais ce, uniquement de nature économique, et non de nature politique. Cet arrière-pays existe quelle que soit la structure dans laquelle Anvers ou Liège fonctionne. Ce n'était pas le cas autrefois car les structures politiques et économiques correspondaient. Dans les zones de libre-échange plus grandes d'aujourd'hui, la nécessité d'une unité politique forte disparaît parce que le contexte économique est en contradiction flagrante avec elle. Si Anvers ou Liège devenait un (petit) état indépendant, peu de choses changeraient au niveau de l'arrière-pays. Il pourrait être beaucoup mieux gouverné parce qu'il pourrait prendre lui-même les mesures nécessaires et ne devrait plus dépendre d'une bureaucratie centrale (souvent très lourde) qui doit tenir compte de bon nombre de sensibilités politiques et qui, par une politique de compromis, freine considérablement le dynamisme économique. La population elle-même connaîtrait également mieux ses mandataires et punirait aussi plus rapidement une mauvaise politique. La publicité de l'administration deviendrait évidente, ce qui signifie également que l'autorité locale servirait mieux le citoyen. Au grand-duché de Luxembourg, par exemple, les rapports du conseil communal sont glissés gratuitement dans les boîtes aux lettres des citoyens. En Suisse, le citoyen codécide par referendum sur chaque dépense substantielle mais il n'y a pas non plus de politique de tolérance pour la corruption douce ou dure.


Contrairement à ce que pensent les politiciens europhiles, l'unification économique de l'Europe fait baisser le besoin d'une unification politique. Plus encore, l'unification économique rend possible et même souhaitable la scission en unités politiques toujours plus petites. Mais attention, le principe de Schumacher nous apprend aussi que ceci ne peut pas devenir une proposition tout ou rien. En fait, il nous apprend que, comme le contexte devient plus vaste, il convient justement de rechercher une décentralisation maximale sauf pour les questions requérant une coordination plus générale. Ceci est en fin de compte le rôle de l'autorité : veiller à créer et à entretenir une aire de jeu. Ceci concerne dans une large mesure l'infrastructure, l'ordre et le droit.

Hans Herman Hoppe d'origine allemande, aujourd'hui professeur d'économie à l'université du Nevada à Las Vegas, voit lui aussi dans la scission en petits états d'énormes occasions de libéralisation de l'économie. Des unités socio-économiques plus petites rivaliseront en effet pour élaborer la politique économique la meilleure afin de s'attirer des entreprises, des investissements et des gens. Hoppe explique la prospérité économique des Pays-Bas et de l'Italie du Nord au Moyen-Age par le fait que ces régions se composaient d'une multitude de petites cités indépendantes. L'Irlande doit aussi en grande partie son essor au fait qu'elle a choisi d'aller à contre-courant par rapport au continent européen. Elle a supprimé la dette publique et diminué considérablement les impôts. Même la Suisse n'est pas seulement riche mais elle est fortement décentralisée. Pour toute décision importante, le citoyen a voix au chapitre. Ce n'est pas le referendum en lui-même mais la discussion ouverte le précédant qui y renforce la démocratie. Le budget n'y est pas secret et n'est pas fixé tant que les dépenses n'ont pas été votées.
Même l'Allemagne réunifiée qui mène une politique étrangère commune a une organisation très décentralisée sur le plan économique, mais aussi, notamment, sur le plan de l'enseignement. Quiconque roule vers Munich ne peut pas rater le panneau ‘Freistaat Bayern' au passage de la frontière. La Bavière est aussi l'une des régions les plus prospères d'Allemagne et le berceau d'importantes innovations technologiques.

Mondialisation de l'économie

La mondialisation de l'économie rend les petites entités politiques toujours plus vivables et plus attractives. Autrefois, les grands pays bénéficiaient d'un avantage comparatif parce que les marchés économiques étaient en grande partie organisés selon un modèle national. Les grands pays bénéficiaient de ce fait d'économies d'échelles parce qu'ils produisaient et vendaient en majeure partie dans les limites de leurs propres frontières.
A la suite de la mondialisation, les marchés commerciaux sont devenus supranationaux, de sorte qu'être petit n'est plus un inconvénient. Un petit pays a aujourd'hui accès à un marché économique (mondialisé) tout aussi vaste qu'un grand pays. Autrefois, il en allait autrement. Avant, on avait un monde de frontières douanières, de protectionnisme et de barrières commerciales. Dans cette structure, la taille d'un pays était effectivement importante.

L'intégration économique croissante dans des organisations supranationales, telles l'UE et NAFTA (Amérique du Nord) mène par conséquent à une augmentation de l'attrait de mouvements qui aspirent à une indépendance locale. Le libre-échange augmente les chances de petits pays comme régions où les frontières nationales actuelles sont souvent devenues des anachronismes historiques. A ce propos, l'initiative de DSP Valley constitue un exemple. Le terrain opérationnel a été défini comme un rayon de 200 km ou 2 heures de route autour du centre de Louvain. DSP Valley possède depuis peu un département à Eindhoven et cherche à s'installer à Aix-la-Chapelle. Ce n'est pas la frontière belge qui est importante mais la capacité à communiquer et à se déplacer dans un rayon de 200 km.

Tendances actuelles


Les tendances à l'autonomie réapparaissent partout. En voici quelques exemples :

Aux Etats-Unis : L'Ouest du Kansas veut se détacher du reste du Kansas. Le Nord de la Louisiane est exaspéré par le Sud de la Louisiane. L'Ouest du Michigan découvre sa propre identité. Le Nord de l'état de New York veut se débarrasser du joug de New York City. Dans les limites de New York City même, Staten Island veut devenir un état totalement indépendant. L'état de New York se compose de la ville très peuplée de New York City (NYC) au Sud et de régions rurales, étendues et à faible densité de population, au Nord. Les habitants du Nord ne voient pas très bien pourquoi ils doivent tenir compte d'une législation et d'une taxation souvent adaptées spécifiquement à la problématique urbaine de la City. A NYC même, la Staten Island voisine plus florissante veut se détacher du reste de la city.

Tchéquie et Slovaquie : On pourrait comparer les motifs de la scission (qui s'est réalisée) à un divorce possible entre la Wallonie et la Flandre. La Tchéquie en avait assez de transférer sans cesse des fonds à la Slovaquie plus socialiste. Ce qui est arrivé est très instructif : La Slovaquie a ouvert son économie (notamment la "flat tax") et est aujourd'hui le plus grand pays d'assemblage automobile en Europe. Elle connaît un essor considérable croissant et il est curieux de voir que les deux pays insufflent à nouveau un nouvelle vie dans l'image tchéco-slovaque parce cette image est mieux perçue par le monde extérieur.

Belgique : Une décentralisation plus avancée de la Belgique aurait pour la Wallonie plus que probablement le même résultat que pour la Slovaquie. La Wallonie abandonnerait sa politique économique statique actuelle pour passer à une économie de croissance.
L'ancien rédacteur en chef de l'édition Europe occidentale du "The Wall Street Journal", Matt Rees, connaît très bien la situation belge. Il avait accordé à l'époque une interview à ce sujet à "Trends" (Trends 20 juillet 1995). Il y dit entre autres : "Je ne vois pas pourquoi vous couperiez la Belgique en deux parties seulement et pas en huit ou neuf ou plus encore. Pourquoi le séparatisme wallon ou flamand serait-il autorisé et le séparatisme anversois ne le serait-il pas ? L'idée est séduisante. Si le Luxembourg est indépendant et prospère, pourquoi Anvers ou Liège ne pourraient-elles pas l'être tout autant ? Les "Etats libres d'Anvers et de Liège" pourraient devenir des paradis fiscaux. Des banques et des entreprises internationales, qui choisissent aujourd'hui de s'installer au Luxembourg, pourraient être attirées, ce qui entraînerait la création de nombreux emplois.

Et Bruxelles ?


André Monteyne, ancien membre du parlement bruxellois, a publié de nombreuses études sur la position de Bruxelles dans le cas d'une éventuelle scission de la Belgique. Il est d'avis qu'il est dépassé de se limiter à considérer l'alternative : "Bruxelles avec la Wallonie ou Bruxelles avec la Flandre".
Dans le nouveau cadre de réflexion tel qu'il a été développé dans le livre cité plus haut "The Size of Nations", il estime qu'il y a une troisième solution, à savoir une Bruxelles totalement indépendante. Il formule de nombreux arguments qui y sont favorables. Il cite notamment l'exemple de Singapour. Et il écrit à ce sujet :

"Un modèle que l'on pourrait peut-être appliquer à Bruxelles, c'est celui de Singapour. Il y a vingt-deux ans, la principale ville de Malaise était assaillie par tous les maux d'une métropole en déclin et elle était en outre la proie à une immigration massive de "gastarbeiders", ce qui avait fait passer la population à plus de deux millions, entassés sur un territoire qui n'était pas beaucoup plus grand que celui de l'agglomération bruxelloise. Tout comme Bruxelles, Singapour comptait une population hétérogène parlant même quatre langues principales. Lorsque cette ville est devenue indépendante, de nombreux observateurs y ont vu un échantillon incompréhensible de suicide collectif.
Pourtant, Singapour est aujourd'hui l'une des villes les plus propres et les plus sûres au monde. La république a le taux de croissance économique le plus élevé de l'Asie du Sud-Est et a atteint un niveau de vie de loin supérieur à celui de ses pays voisins. Mais l'état avait également pris des mesures draconiennes qui revenaient à créer un climat économique extrêmement libéral, avec des interventions énergiques sur le plan de la sécurité, de la lutte contre le vandalisme et de la démographie. Rien ne dit que Bruxelles, dont les problèmes ne sont certainement pas encore comparables à ceux de l'ancienne Singapour, ne pourrait pas non plus les résoudre si elle devait y être obligée.(Références : Revue trimestrielle "Secessie" n° 2 de janvier-février-mars 2001)

Une Bruxelles indépendante resterait vraisemblablement dans l'UE. Dans ce cas, l'appareil de communication financière et économique sophistiqué de Bruxelles continuerait à être utilisé de façon optimale tout comme l'importante relation avec le centre commercial d'Anvers serait également maintenue."
(Références : Revue trimestrielle "Secessie" n° 2 de janvier-février-mars 2001)

L'exemple de Singapour peut être instructif pour Bruxelles. Le scénario est disponible, il n'y a plus qu'à l'adapter. Si Bruxelles devient indépendante, les Bruxellois n'auront plus de comptes à régler avec la Flandre, ni avec la Wallonie. Ils seront leur propre maître. Et, entre parenthèses, la minuscule Singapour possède même deux grands aéroports utilisés par la moitié du monde. Plusieurs formules sont sans doute possibles mais étant donné que Bruxelles est de fait en train de devenir la capitale de l'Europe et connaît une population cosmopolite croissante d'immigrants temporaires ou permanents, le caractère belge original se perd et ce nouveau statut correspondrait parfaitement à la réalité.

La Belgique : poursuivre la décentralisation ou non ?


Il y a, à notre sentiment, plusieurs raisons pour notre pays pour lesquelles la poursuite d'une décentralisation effective n'offre pas seulement de grands avantages mais est également une nécessité. Nous allons nous limiter ci-après à trois raisons (en partie inspirées par les publications citées plus haut) à savoir notre structure étatique actuelle, désespérément complexe et impossible, un contexte économique différent en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles et, enfin, les transferts financiers qui y sont liés. La solidarité est souhaitable pour un temps limité mais devient perverse si elle engendre un mécanisme de dépendance.

La Belgique est économiquement ingouvernable en raison d'une structure étatique trop complexe


De nombreuses métropoles, comptant davantage d'habitants que la Belgique, s'en tirent avec un seul bourgmestre et une vingtaine d'échevins. Pour faire la même chose, il faut notamment à la Belgique : 6 gouvernements, 7 parlements, 51 ministres et secrétaires d'état, 650 administrations communales et autant de bourgmestres, 3000 échevins, 3 commissions régionales, un comité de concertation et une cour d'arbitrage. Si on appliquait le même ratio par habitant que pour un pays comme la Chine, ce pays aurait actuellement 6000 ministres !

La complexité est telle qu'elle mène inévitablement au chaos dans le processus décisionnel, pour autant qu'on arrive à une prise de décision. Car très souvent les propositions se perdent dans le labyrinthe des structures compliquées ou finissent dans l'impasse. Dans ce dernier cas après parfois des discussions et des réunions pendant des mois pour arriver finalement à la conclusion qu'avec les innombrables parties impliquées on ne peut quand même pas arriver à un accord. Nous avons tous des exemples récents encore à l'esprit : le dossier DHL, le dossier Zaventem avec les vols de nuit, la (non)-scission de l'arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde. Quelqu'un a-t-il déjà calculé le prix du temps perdu (des années) que l'on a consacré à ce type de dossiers ? L'impact sur le PNB actuel et futur est même difficilement quantifiable mais considérable. Des dizaines de milliers d'emplois ont ainsi été mis en danger mais on élude anxieusement la question de savoir qui va payer la facture.
La structure n'est pas seulement complexe mais les compétences ne sont pas non plus toujours clairement délimitées, ce qui a déjà abouti à plusieurs reprises à des décisions conflictuelles ou même à des décisions incompatibles. Il n'y a pas un seul politicien, et encore moins un citoyen, qui ne soit encore capable de voir clairement dans tout ce guêpier qui est compétent pour quoi. Il y a des cas connus pour lesquels pas moins de neuf ministres ont dû être impliqués dans la prise d'une seule décision. Et le fait que nous ayons pu survivre à tout cela jusqu'ici ne peut que surprendre. Mais combien de temps encore ?

Une idéologie économique différente


La Wallonie continue à mettre fortement l'accent sur le rôle que l'autorité doit jouer dans la politique économique. Le secteur privé est encore observé d'un œil méfiant. Les conséquences de cette approche sont de toute évidence négatives. Ainsi, le chômage (officiel), de quelque 18 %, en Wallonie est deux fois plus important que le chômage en Flandre. Mais dans la réalité, ce pourcentage est beaucoup plus élevé. Au lieu de faire pointer ces personnes, la Wallonie les a "embauchées" dans des organismes publics divers. Ainsi, l'emploi dans les services publics en Wallonie s'élève actuellement à 40 % de la population professionnelle par rapport à 25 % dans la région flamande (du reste, ce dernier chiffre est lui aussi beaucoup trop élevé).

Pourtant, c'est en premier lieu le secteur privé qui crée l'abondance et pourvoit aux recettes fiscales du secteur public. Sans un secteur privé rentable, tournant à plein régime, la structure publique ne peut être payée et le gouvernement ne peut pas non plus faire les investissements requis pour créer le cadre social et juridique dans lequel l'économie peut prospérer. Et c'est la raison pour laquelle la Wallonie fait appel au contribuable flamand. Malheureusement, nos amis wallons ne semblent avoir l'intention de développer un secteur privé florissant, bien au contraire. Tous les plans de redressement élaborés à ce jour sont mis sur pied dans une large mesure avec les subsides publics, et on ne semble pas se demander d'où ces subsides doivent venir. Le 20 octobre 2005, Elio Di Rupo, le Ministre-Président wallon déclarait au quotidien De Tijd ce qui suit : "si une entreprise fait 8 % de bénéfice et assure ainsi son avenir, pourquoi ces 8% doivent-ils absolument devenir 12% ?"

Des déclarations de ce genre attestent de peu de connaissance élémentaire en économie. La maximalisation du bénéfice est indispensable pour une entreprise pour pouvoir survivre même si la concurrence de prix va la plupart du temps refréner automatiquement les bénéfices. Les bénéfices sont la source d'investissements. Et les investissements sont la source de l'emploi. Si une entreprise est empêchée de faire suffisamment de bénéfices et ne peut pas investir en suffisance, elle sera rayée de la carte dans l'économie globale. D'autres entreprises du même secteur, qui opèrent dans un climat différent, fiscalement plus favorable et propice à l'esprit d'entreprendre, évinceront cette entreprise. Bien que l'on subventionne lourdement, la Wallonie reste encore dans une mesure moindre que la Flandre attrayante pour les investisseurs étrangers avec un chômage qui reste élevé et la pauvreté en conséquence.

Les effets secondaires méconnus de la solidarité

 

La Wallonie ne peut pas payer elle-même le chômage élevé et la structure étatique beaucoup trop chère, faute d'un secteur privé prospère qui pourrait fournir les recettes fiscales à cet effet. C'est la raison pour laquelle les politiciens wallons font appel depuis de nombreuses années au contribuable flamand. Mais les montants qui sont actuellement transférés sont devenus tellement faramineux que tout le mécanisme a de toute urgence besoin d'être repensé. Les chiffres les plus récents indiquent un transfert annuel de plus de 10 milliards d'euros. Même pour la Flandre, il est impossible de continuer à supporter cette charge. Cette charge contribue à la pression fiscale très élevée sur le travail, même si elle n'est pas la seule raison. Cette pression fiscale élevée commence manifestement à affaiblir notre tissu économique avec un chômage croissant en corollaire. La stagnation politique en est aujourd'hui déjà une conséquence tangible. Il y a lieu de prendre des mesures radicales à cet égard ou la stagnation va se transformer en une instabilité dangereuse et une catastrophe inévitable.



Cela fait un temps que ces transfert ne sont plus productifs. Ils contribuent à ce que la Wallonie ne fasse pas les efforts nécessaires pour se convertir à une économie de croissance, stimulée par l'initiative privée. De cette manière, cette partie du pays ne peut sortir de la spirale négative dans laquelle elle se trouve prisonnière. Un démantèlement progressif du flux de subsides est dès lors une condition sine qua non pour inciter la Wallonie à prendre les mesures qui s'imposent en vue d'un redressement. Le plan Marshall est dès lors une illusion. Il se compose à 92 % de subsides pour lesquels la facture sera une fois de plus payée par le dur labeur des contribuables, qu'ils soient flamands, wallons ou bruxellois. La bienfaisance a des limites tout comme l'aide au développement. La solidarité doit servir à donner à l'autre l'occasion de se reprendre, non pas de le rendre dépendant et passif. Dans le même contexte, l'inefficacité de l'Etat belge actuel est également la raison pour laquelle le travail est imposé de façon aussi faramineuse et tient plus d'un million de citoyens virtuellement prisonniers dans une forme de revenus de remplacement. Ceci aussi a un jour été accepté comme solidarité mais cela a aujourd'hui dégénéré en une situation qui n'est acceptable ni d'un point de vue moral ni d'un point de vue démocratique.

On peut s'attendre à une opposition

L'idée lancée aujourd'hui de poursuivre la décentralisation de la Belgique sera sans aucun doute accueillie avec enthousiasme dans de nombreux milieux. En Wallonie aussi, on a déjà émis l'idée qu'on serait peut-être mieux loti sans la Flandre et sans la dépendance des transferts. Tout le monde ne sera pas aussi ouvert à ce sujet car les analyses objectives de ce type ne sont pas toujours accueillies avec autant d'objectivité.

D'autre part, on pourra s'attendre à une forte opposition des unitaires qui sont encore très puissants dans notre pays. Pas seulement la monarchie, mais également le pouvoir fédéral redoute peut-être (à tort) la poursuite d'une scission éventuelle parce que les deux institutions pourraient alors perdre leur droit à l'existence. Les institutions passent, mais les hommes continuent d'exister. Une scission offrira d'importants avantages économique à chacune des régions, et c'est de cela qu'il s'agit. Que devons-nous penser dans ce cas du plaidoyer du premier ministre Guy Verhofstadt dans son ouvrage "Les Etats-Unis d'Europe" ? Il va de soi que la poursuite d'une décentralisation de la Belgique ne porte aucunement préjudice à une unification européenne. Il serait d'ailleurs préférable que l'unification européenne se fasse selon l'idée initiale, à savoir une Europe de libre circulation de personnes, de biens, de capitaux et de services. A notre avis, l'unification politique, telle qu'elle évolue actuellement, n'est pas sur la bonne voie. Elle ressemble davantage à la création d'une bureaucratie centrale, lourde et très chère, qui ne repose pas sur des fondements démocratiques mais est imposée d'en haut. Pareille chose ne peut évidemment pas marcher. Et il serait préférable d'en informer le citoyen européen. Le niveau européen doit se limiter à créer une base commune et ne pas s'ingérer, que ce soit le résultat de lobbying ou non, dans les petits détails qui déterminent la vie du citoyen. Il n'est pas nécessaire d'interdire le Brie français parce qu'il contient déjà depuis des siècles des bactéries bienfaisantes. Il en va de même pour le niveau belge. Si on a le courage de délimiter explicitement les compétences et d'arrêter de lancer des micro-mesurettes, ce niveau - limité il est vrai aux seules choses qui ne peuvent être décentralisées - pourra encore durer un certain temps. Au siècle dernier, le capital a laissé la place au socialisme. Laissons à présent le socialisme rompre ses liens avec le capitalisme et céder la place au citoyen.

Espérons qu'on trouvera cependant assez de politiciens et de responsables politiques bien-pensants, capables de juger l'idée de la poursuite d'une décentralisation socio-économique du pays avec lucidité et objectivité. Paradoxalement, ceci peut à terme renforcer de nouveau la collaboration entre tous les Belges. Une fois que chacun se débrouillera seul, il n'y aura plus de raisons d'observer les voisins avec envie ou rancune, mais une collaboration effective ne peut qu'engendrer une situation gagnant-gagnant. Une Wallonie, une Flandre et une ville de Bruxelles indépendantes (ou au niveau des provinces) peuvent choisir elles-mêmes la stratégie la meilleure qui leur convient le mieux. Dans la Vieille Europe, l'Irlande, dont la superficie est plus ou moins semblable et la situation géographique beaucoup moins favorable, prouve qu'on peut faire autrement. Dans les nouveaux états-membres, la Slovaquie s'impose comme exemple. Pourquoi la Wallonie ne serait-elle pas capable de la même chose ? Les Wallons sont aussi des Belges et les Belges sont des gens pragmatiques qui optent pour des solutions qui marchent. "Le petit Belge tire son plan et n'est pas si con que l'on pense."

Willy De Wit  & Eric Verhulst,
Taxation, tax reform and monetary policy
                        The present Governor of the Bank of England, Mr Mervyn King, once observed that "Central banks are often accused of being obsessed with inflation. This is untrue. If they are obsessed with anything, it is with fiscal policy."[1] I would not go quite as far as to call it an obsession. But it is certainly true that central bankers in general, and European central bankers in particular, take a close interest in public finances. And this is hardly surprising. Perhaps it is not by chance that having a strong public finance background -experience either in academia or in government, or in both - is not uncommon amongst central bankers.

 I would not elaborate more on whether and how the professional career of central bankers affect their interest in public finance issues. But on a more factual note, it is key to remark that in the euro area close to 50% of GDP is channelled through the government accounts and governments are by far the largest issuers in securities markets. Government taxation and expenditure have a considerable impact on the macro economy. And this cannot be ignored when formulating monetary policy....
Speech by José Manuel González-Páramo,  Member of the Executive Board of the ECB. Universidad Complutense Madrid, 13 May 2005.
Iers groeimodel best voorbereid op Vergrijzing en Globalisering.
                 De wereldeconomie is de laatste dertig jaar nooit zo sterk gegroeid als in 2004, namelijk met ongeveer 5 pct. China's en Indie's groei zijn fenomenaal. De VS en Japan zetten hun heropstanding verder.  Intussen glijdt Europa af naar stagnatie, mogelijks zelfs recessie.

De zwakke groei zet Europa's sociaal stelsel onder toenemende druk. Europa's demotiverend fiscaal stelsel is de fundamentele oorzaak. De globale belastigdruk ligt in Europa 15% hoger dan de VS en Japan, en 9% hoger dan het OESO gemiddelde. Dit overheidsbeslag werkt demotiverend, en leidt de onontbeerlijke werkmiddelen af van de private sector naar een steeds inefficienter wordend overheidapparaat.

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